Gilles Malhaize, l'ingénierie du Geste

L'ingénierie du Geste, un rôle né du modèle Fabers, conçu pour durer

Un rôle forgé de toutes pièces pour B.fabers

B.fabers s'est construit sur une conviction : le modèle ne tiendrait que si les bonnes personnes y croyaient, et s'en rendaient capables. Il fallait quelqu'un capable de faire le pont entre la vision singulière d'un designer comme Huub Ubbens et la réalité concrète des ateliers. Quelqu'un ancré dans des années passées à l'établi, mais capable aussi de traduire une intuition créative en plans d'exécution rigoureux.

Gilles Malhaize est cette personne. Dix ans de compagnonnage dont un passage en Angleterre, puis sept ans en bureau d'études au service de l'industrie du luxe : ce parcours, rare, dit déjà beaucoup. Mais ce qui a convaincu, ce n'est pas le CV : c'est la posture.

Gilles est entré dans le projet bien avant le premier dessin de Huub. Pendant près de six mois, avec Victor (menuiserie Kinoko), il a co-piloté une phase de R&D dont l'enjeu était structurel : valider qu'un collectif d'artisans indépendants pouvait réellement fonctionner ensemble, livrer de la qualité, tenir un modèle. C'est cette phase-là, invisible dans le résultat final, qui a rendu tout le reste possible.

Gilles possède cette capacité précieuse de rester ouvert là où l'expert est souvent tenté de bloquer. Il accepte le défi d'un designer exigeant, cogite, revoit sa copie, et le designer, en retour, s'ouvre à son exigence, à ses questions, à ses convictions. C'est un dialogue vrai. Le talent tient souvent à ça : pas seulement la compétence, mais la capacité à douter encore, à ne pas se laisser figer par ce qu'on sait déjà.

Son implication, totale dès le premier échange, dit le reste. Il adhère à la vision, nous admirons ce qu'il fait : c'est sur ce respect mutuel que B.fabers se construit, un partenaire à la fois.

Témoignage

Gilles Malhaize, B-bois

Ce qui suit est un témoignage personnel de Gilles, à la première personne.

Pourquoi collaborer avec B.fabers ?

Pour un profil comme le mien, participer à l'aventure B.fabers est une formidable stimulation intellectuelle. C'est l'opportunité de travailler sur du mobilier d'exception en bois massif, où chaque détail technique devient un défi passionnant. Mais au-delà du dessin, c'est une rencontre de valeurs, une vision partagée et une histoire de confiance.

B.fabers est né de l'envie de bâtir un modèle sain et responsable : concevoir du mobilier haut de gamme tout en respectant la matière, en sourçant exclusivement du bois local de nos régions et en s'appuyant sur un écosystème d'artisans indépendants.

Ayant moi-même passé de nombreuses années en atelier et sur le terrain avant de me consacrer au bureau d'études, j'ai une vision globale des réalités de ce métier. Fort de cette double culture de l'établi et de la conception, il m'a semblé naturel d'ouvrir mon réseau pour aider à poser les premières pierres de ce collectif. C'est ainsi que la Menuiserie Gesserand et Malt & Bois sont entrés dans la boucle pour façonner les premiers prototypes. Mais ce n'est qu'un début : ce réseau de professionnels de confiance a vocation à s'élargir au fil des futures collections, pour continuer à faire grandir cette communauté de savoir-faire.

Mettre cette sensibilité de terrain et ce réseau vivant au service d'une démarche locale et raisonnée, c'est participer à une autre manière de concevoir : plus humaine, plus vertueuse et profondément collaborative.

1. L'adaptation technique : le respect du dessin et de la matière

Le projet a débuté par un dialogue très fluide et enrichissant avec Huub Ubbens. À partir de ses fichiers 3D d'intention, le travail de dessin technique a consisté à intégrer toutes les réalités physiques liées au matériau bois.

Sans jamais dénaturer le design d'origine, il a fallu adapter les modèles aux épaisseurs commerciales des bois de pays, concevoir des systèmes de coulissage entièrement en bois et intégrer les notions indispensables de dilatation de la matière. À force d'allers-retours constructifs et passionnants avec Huub, nous avons trouvé les meilleurs compromis pour satisfaire à la fois les exigences esthétiques du design et les contraintes structurelles du bois massif.

2. Le prototypage : tester l'ingénierie à l'épreuve du réel

Une fois la première phase d'étude validée, j'ai réalisé les plans d'exécution destinés au prototypage. Fabriqués par Gaëtan (Menuiserie Gesserand) et l'atelier Malt & Bois, ces premiers meubles ont servi de véritables tests en conditions réelles.

Bien que la fabrication physique se soit faite directement dans leurs ateliers, j'ai assuré un suivi continu grâce aux plans et à un soutien téléphonique régulier. C'est la force de cette étape : confronter le tracé à la réalité de l'objet manipulé. Après avoir vu et testé ces premiers modèles sortis d'atelier, l'équipe a choisi de faire évoluer certains aspects esthétiques ou structurels pour parfaire chaque pièce.

Prototypage en atelier

Ajustement d un assemblage

3. La fabrication des échantillons : matérialiser la vision du designer

La préparation d'une collection touche aussi à la texture et aux finitions. C'est Huub Ubbens qui a rigoureusement sélectionné les essences et les finitions, en lien direct avec la ligne fine de ses meubles.

À cette étape, mon rôle avec Gaëtan a été de fabriquer concrètement les échantillons physiques et d'apporter notre regard technique pour s'assurer d'obtenir très exactement le rendu visuel et le toucher attendus. Ce travail d'exploration se poursuit d'ailleurs en continu : nous continuons à rechercher et à tester de nouvelles finitions afin d'agrandir la collection et de répondre parfaitement aux exigences de Huub.

Finition de la banquette

4. Une conception ouverte en amélioration continue

Après de derniers ajustements avec le designer, les plans de la collection ont été « finalisés » pour permettre l'exposition parisienne des meubles.

Je mets volontairement des guillemets à ce terme, car dans un écosystème ouvert et vivant comme celui-ci, le tracé doit garder sa souplesse. Les plans resteront adaptables si le terrain et l'échange avec les futurs artisans du réseau le demandent, dans une démarche d'amélioration continue au service de la haute-facture française.

Article publié originalement sur b-bois.com. Lire l'article original →

De la première esquisse de Huub jusqu'aux pièces exposées chez Wilde, ce que raconte cette collaboration, c'est la force d'un modèle où personne n'est en coulisse. Gilles, les artisans, le designer : ils avancent ensemble, à égale légitimité.

C'est ça, B.fabers : non pas une marque qui sous-traite sa fabrication, mais un collectif où chaque compétence nourrit les autres. Ce rôle n'existait pas avant B.fabers : il a fallu le forger. C'est Gilles qui l'incarne, l'architecte invisible de la collection, dont l'authenticité autant que l'expertise fait la qualité de ce qu'il apporte.

La suite s'écrit déjà.